Abbaye Sainte Marie et Sainte Tombe à Arles-sur-Tech

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Kiksette
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Abbaye Sainte Marie et Sainte Tombe à Arles-sur-Tech

Messagepar Kiksette » 11 mai 2016, 19:25

Histoire brève de l’Abbaye

L’abbaye bénédictine d’Arles est l’une des plus anciennes abbayes de Catalogne. Son histoire est singulière et mouvementée. En effet, elle a connu les différentes invasions, les conquêtes, les révoltes. Le bâtiment en témoigne, mélange architectural d’art roman, gothique et baroque.

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La vallée du Tech, conquise puis habitée par les Wisigoths, se voit envahie par les Sarrasins en 739 jusqu’en 811. Cette année-là, Charlemagne les repousse de l’autre côté des Pyrénées. Il fait venir des religieux dans la vallée désertée, pour construire des abbayes et repeupler la région.

Castellanus, un moine d’Espagne, installe un 1er édifice sur les ruines des bains romains d’Arles (actuellement Amélie-les-Bains). Ce monastère est détruit et en 820. Une 2ème abbaye est construite sur le site actuel : c’est Sainte Marie d’Arles. Le successeur de Castellanus, Babylas, entreprend de limiter le terrain foncier de l’abbaye.

Au 9ème siècle, les invasions normandes gagnent la vallée. Le clocher de l’abbaye est détruit puis reconstruit par les moines. A la fin du 10ème siècle, l’abbé Arnulphe rapporte à l’abbaye des reliques de saints, Abdon et Sennen, de Rome.

Au 11ème siècle et 12ème siècle, l’abbaye prend son essor et une ville se dessine peu à peu le long de ses murailles. Au 11ème siècle, l’abbaye se pare de tours de défense, mais elle est régulièrement spoliée. Elle passe sous protection des comtes de Barcelone au début du 12ème siècle et jouit alors de nombreuses donations, qui permettent sa restauration et son embellissement, dont les autels. Au 13ème siècle, l’abbé Raymond II Desbach entreprend de nombreuses constructions, dont celle du cloître gothique.

Elle connait ensuite un long déclin :
- Les prémisses : le conflit de 1235 entre les moines et les habitants de la ville, harassés par l’importance des servitudes portant sur le four et le moulin
- L’absence de moyens financiers (l’abbaye ayant toujours été modeste face aux riches Saint-Michel-de-Cuixa et Saint-Martin-du-Canigou) qui implique la dégradation de l’édifice
- La révolte des Angelets de 1667-1671 : le monastère se place officieusement du côté des révoltés et ne subit en échange aucun dégât
- Le déclin de la vie monacale du 18ème siècle : l’abbaye passe sous tutelle d’un abbé commanditaire qui procède à la liquidation, puis, lors de la Révolution Française, alors que seulement 6 moines subsistent, elle est menacée de vente. Elle devient alors l’église paroissiale du village et les subsistances sont vendues à des propriétaires privés

L’Abbaye aujourd’hui

L’Abbaye Sainte-Marie d’Arles offre quelques trésors et curiosités à découvrir absolument lors d’une visite.

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La forme générale de l’édifice
Conçue comme une basilique antique, elle est constituée d’une grande nef à 3 vaisseaux et son chœur principal est placé à l’ouest. Cette disposition, typique des édifices carolingiens et nordiques, la rend unique dans la région. L’abbaye compte également deux tours de défense, vestiges de murailles protectrices.

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Le cloître
L’architecture du cloître est très simple : non voûté, d’inspiration gothique, il est bâti en marbre blanc de Céret et en pierre de Gérone. C'est un exemple unique de l'art gothique languedocien en Catalogne.

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La Creu del Grà
La croix du grain serait à l’origine celle d’un calvaire situé à l’entrée du village d’Arles-sur-Tech. Elle est l’œuvre de forgerons catalans du 16ème siècle. Son nom s’explique par la boule de fer à sa base, toute droite sortie des forges de la vallée. Elle a été classée comme Monument Historique par un arrêté du 21 janvier 1908. Elle a été placée au centre du cloître pour la protéger.

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La Creu dels Improperis et Le gisant
En Catalogne, la semaine sainte est l’objet d’une liturgie et d’un ensemble de rituels très riche autour de la passion du Christ. De nombreux objets symbolisent la passion : le crucifix, le gisant, la vierge des douleurs. La Creu dels Improperis, ou Croix des Outrages, est une croix monumentale sur laquelle figurent tous les objets évoqués dans le récit évangélique de l’arrestation et la mise à mort du Christ.

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La fresque de la contre-abside
L’abbaye Sainte-Marie d’Arles, héritage carolingien, compte un élément typique : un « contre-sanctuaire », une chapelle haute située au-dessus du portail. Elle est dédiée à Saint Michel et aux archanges. Elle est décorée de fresques du 12ème siècle, dont il subsiste quelques restes.

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La façade
Le portail porte l’Alpha et l’Omega et les lettres AA, date peut-être du 11ème siècle. Le décor sculpté dans le tympan est de la même époque. On peut y voir un Christ glorieux et des symboles évangélistes : un aigle (Jean), un lion (Marc), un taureau (Luc) et un ange (Matthieu).

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Le Mythe de La Sainte Tombe

A côté de l’église, tout près de la façade, on trouve un gisant incrusté dans le mur. Il s’agit de Guillaume de Gaucelme, qui légua sa fortune à l’abbaye en 1204. Sous le gisant se trouve un sarcophage paléochrétien daté du 6ème siècle appelé « Sainte Tombe ». Il aurait protégé les reliques des Saints Abdon et Sennen, ramenées de Rome par Arnulphe.

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Histoire des Saints

Saint Abdon et Saint Sennen étaient deux nobles persans, très pieux, comblés de biens et d’honneurs par les rois de Perse. L’empereur Dèce, ennemi du christianisme, remporta une victoire décisive sur les Rois, devenant de fait le maitre absolu en Perse. Il souhaitait éradiquer la foi chrétienne de la région. Abdon et Sennen, accablés par les persécutions infligées aux chrétiens, s’appliquèrent à encourager leurs frères croyants. Dèce, apprenant leurs actions, les fit arrêter et tenta de les convaincre des bienfaits de l’empire. Ne parvenant pas à les détourner de leur foi chrétienne, il les fit emprisonner puis jeter aux lions et aux ours. Mais les animaux se couchèrent aux pieds d’Abdon et de Sennen, pour les protéger. Dèce ordonna aux gladiateurs de décapiter les deux hommes. Leurs dépouilles furent attachées par les pieds et trainées à l’extérieur, où elles restèrent 3 jours, sans sépulture. Le sous-diacre Quirin recueillit les dépouilles et les enterra dans sa maison.

Arnulphe et les reliques

L’histoire de l’abbé Arnulphe revenant au pays avec les reliques des 2 saints est racontée par Prosper Mérimée dans ses Notes d’un voyage dans le Midi de la France. Cependant, un petit rappel de l’histoire ne peut être que bénéfique.

Tout aurait commencé par une série de catastrophes touchant le village d’Arles-sur-Tech. Une pluie de calamités s’abattait en effet sur le village : l’épidémie de peste, les catastrophes naturelles et les attaques de créatures maléfiques appelées « simiots ». On les retrouve d’ailleurs au portail de Sainte-Marie. Les simiots seraient des « singes-lutins », elfes maléfiques et monstrueux, habitant les forêts environnantes.

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L’abbé Arnulphe aurait donc décidé de se rendre à Rome pour obtenir le secours du Pape. Le saint Père lui aurait proposé plusieurs reliques. Arnulphe, indécis, aurait passé la journée à prier. La nuit venue, Abdon et Sennen lui seraient apparus lors de son sommeil, lui promettant de débarrasser Arles-sur-Tech de ses calamités. Le lendemain, Arnulphe partit chercher les dépouilles des deux jeunes gens et les fit placer dans un tonneau enfermé dans un second tonneau rempli d’eau.

Débarqué à Roses avec son double-tonneau, Arnulphe aurait ensuite parcouru la périlleuse route jusqu’en Arles avec un mulet et un guide. Dns un sentier dangereux, le muletier aurait malmené son mulet chargé des tonneaux. Le mulet serait tombé dans le précipice. Arnulphe, désespéré, aurait continué le chemin jusqu’au village, rempli de tristesse. Mais arrivé à Arles, il aurait été accueilli par le son des cloches de l’église et le mulet, sain et sauf, portant toujours les tonneaux, entouré des habitants.

Le mulet et le double-tonneau avait déjà provoqué la guérison des pestiférés, ramené le soleil et chassé les simiots. Les reliques furent placées dans une tombe, et l’eau magique du tonneau fut vendue comme élixir de miracle.

Présence d’Abdon et Sennen au sein de l’abbaye

Au sein-même de l’église, on trouve trois « hommages » aux 2 saints.

Le premier, la Chapelle des Saints. Elle est décorée d’un retable de 1647, œuvre du sculpteur Tremullas, introducteur en Roussillon des grands retables à panneaux en bas-relief, dorés et polychromés. Les panneaux décrivent la Passion des 2 martyrs et le transport de leurs reliques à Arles. Les Saints occupent la niche centrale du retable.

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Au-dessus du retable, on trouve le second hommage : un vitrail à l’effigie des 2 saints, illuminant la Chapelle.

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Enfin, à la droite de la Chapelle, on trouve la Rodella. Il s’agit d’un disque fait d’un long cordon de cire d’abeilles. La Rodella est un ex voto offert chaque 30 Juillet (jour de la Saint Abdon et la Saint Sennen) à l’abbaye Sainte-Marie par le village de Montbolo, depuis 1465.

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La Sainte-Tombe


Le sarcophage paléochrétien ayant recueilli les reliques des saints est fait de marbre bleu de Céret, taillé et sculpté d’un X entouré d’un cercle signifiant Jésus Christ. Il mesure 1,88 m en sa base et s’évase jusqu’à 1,92 m, sur 50 cm de large au plus mince et 65 cm au plus large. Il est posé sur deux cales.

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Ce tombeau secrète de l’eau continuellement. Le phénomène a longtemps été considéré comme mystérieux et les Arlésiens croyaient en les vertus miraculeuses de cette eau, sans cesse renouvelée. De nombreuses études ont été menées. En 1961, 3 hydrologues établissent un lien entre les écoulements, la pluviométrie et la porosité du couvercle du tombeau. L’eau de pluie s’infiltrerait dans le couvercle, qui jouerait le rôle d’un réservoir, et s’écoulerait dans le sarcophage. Ces travaux ont été confirmés par d’autres études menées en 1999 et 2000.

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Où se trouvent les vraies reliques des 2 saints ?

Plusieurs lieux se sont disputés la propriété des reliques des saints Abdon et Sennen. Arles-sur-Tech les auraient possédées depuis l’an mil.
Pendant quelques siècles, elles auraient été exposées à Soissons, dans le monastère de Saint Médard, où elles auraient été brûlées par les Huguenots.
Mais la ville de Florence les aurait aussi possédées, depuis 370.
Saint Marc de Rome les possèderaient également, depuis l’époque du pape Grégoire IV (828-849).
Enfin, un écrit italien prétendrait que les reliques auraient échoué dans le baptistère de la chapelle du cimetière de Pontien, à Rome.
L´’énigme reste donc entière quant à la juste localisation des restes des 2 jeunes saints. Ce qui confère davantage de mystère au tombeau présent dans l’enceinte de l’abbaye Sainte Marie d’Arles…

J’espère que ce billet vous aura intéressé. Je remercie, comme à l’accoutumée, les sources m’ayant permis de le rédiger :
- Wikipédia en français
- Le site de Jean Tosti
- Viechrétienne.catholique.org
- Le guide proposé par l’office du tourisme d’Arles-sur-Tech

Bonne visite de ce magnifique edifice :D !

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